Briser le silence après une agression, pourquoi est-il si important?

«Chaque mois je reçois 5 à 10 menaces de viol, de meurtre et des agressions à répétitions…Mais je vis avec, je trouve la force et trouve comment avancer.» s’est exprimé Dorine Mokha, victime d’agression dans un transport publique à la fin du mois de Juillet dernier. En tant que personne LGBTQ, peut-on se sentir libre et rassurer dans les espaces publics en République Démocratique du Congo où six personnes LGBTQ sur dix adaptent leur comportement pour éviter toute remarque LGBT phobe?

Photo de Nicholas Swatz provenant de Pexels

Une adaptation qui concerne souvent en premier lieu le fait d’être en couple. « Je surveille autour de moi avant d’embrasser quelqu’un, je garde les yeux ouverts, avec tous mes sens en alerte. Les hétéros n’ont pas à faire ça », se désole Christian, 24 ans, gay habitant de la ville de Goma. Christian n’avait pas pensé à son comportement en public jusqu’à récemment. Les dernières agressions les ont fait réfléchir à des mesures préventives elle et sa copine. « Je ne lui prends plus la main n’importe où. Par exemple à Kyeshero, où elle habite, la rue est accaparée par les hommes. A sa demande, nous nous sommes mises d’accord pour ne pas nous comporter comme un couple », explique la jeune femme de 24 ans, avant d’assurer que cette règle ne durera pas.

Marie, lesbienne, s’est confiée en ces termes: « Je ne me suis jamais interdit de tenir la main de mon amie, de l’embrasser dans la rue quand j’étais en couple.» Mais cette gomatracienne reconnaît ressentir désormais « un début de peur », elle qui ne s’était jamais inquiétée. « Comme je suis célibataire en ce moment, je ne peux pas dire si j’adapterais mon comportement et mon attitude, mais je me suis déjà posé la question. »

Pourquoi est-ce si compliqué de se montrer en tant que personne LGBTI? « Les agressions ont lieu lorsque les personnes sont identifiées comme LGBTI par les autres, qu’elles le soient ou pas , Il y a plus de risques quand on est en couple, parce qu’il n’y a plus d’ambiguïté sur cette identification. » D’où un contrôle permanent, à chaque moment lorsqu’on est dans un espace public. « Je fais attention de là où sont mes mains lorsque je suis avec mon partenaire. Une main qui peut s’attarder quelque part et tu te prends des insultes raconte Clémence Célia, 25 ans.

Dorine Mokha danseur-chorégraphe et auteur congolais de 30 ans à la carrière internationale, un artiste qui promeut la lurette d’expression, la lutte contre toute sorte de discrimination à travers l’art, s’est vu victime lors de l’enregistrement de son clip mais aussi dernièrement sur une place public à sa descente d’un taxi. Dans un calme terrain, ce dernier avisé de la méchanceté humaine et de la répression contre les personnes LGBTI, n’a pu réagir aux agressions verbales dont il a été victime, car seul dans cet espaces public, il était donc vulnérable. La liberté dans sa globalité, peu importe votre orientation sexuelle, votre expression de genre et votre race n’est monnayable, mais un droit universelle garantit par la constitution congolaise. Dans une vidéo, qu’elle a publié, l’artiste raconte son vécu parsemé d’agression quotidienne, et décide ainsi de briser le silence. C’est important pour nous car nous vivons dans la même société, nous partageons le même environnement, c’est important pour notre santé mentale, raconte Dorine Mokha.

A Goma, des homosexuels vivent cachés, c’est également le cas à Lubumbashi et à Kinshasa, tout cela à cause de l’homophobie importante dans notre société. Ce n’est pas seulement par haine ou par mépris que la société rejette les homosexuels, mais c’est surtout par ignorance. Beaucoup de personnes homophobes pensent à tort que l’homosexualité est une « culture » importée par l’homme « blanc ». Les congolais jugent les homosexuels sans jamais les avoir approchés. À cela s’ajoute que nos sociétés africaines sont très conservatrices. Face aux discours de haine et aux violences, les personnes LGBTI renoncent déjà trop souvent en temps normal aux services de santé, judiciaires,…auxquels elles ont pourtant droit, elles restent d’autant plus vulnérables en cette période de crise sanitaire du COVID-19. Les uns vont jusqu’à menacer de mort les homosexuels, traitant les gays et les lesbiennes d’animaux ou de démons. En retour les homosexuels et toute la communauté LGBTI ont également une mauvaise opinion des congolais homophobes. Ainsi, un fossé se crée et éloigne davantage les deux parties. En effet, ces discriminations atteignent les personnes dans leur dignité et leur estime de soie. Elles les isolent socialement, les privent d’opportunités économiques et les précarisent. Par ailleurs, au sein même du système de santé, la stigmatisation, le jugement et la méconnaissance de certaines pratiques privent encore trop souvent les homosexuels de soins de santé de qualité. 

Au vue de la situation actuelle, on peut dire que les violences et agressions à caractère homophobes sont durablement ancrées dans la société congolaise, bien qu’un caractère de tolérance est observé chez certains congolais. La plupart des personnes LGBTI, victimes des violences et agressions dénoncent rarement ces délits et parfois pas. La plupart craignent les représailles et les règlements de compte. Certains craignent que la plainte se retourne contre eux, car déjà le personnel judiciaire est ignorant sur les questions d’orientations sexuelles, et base leurs convictions de jugement sur leurs traditions, religions, cultures et compréhensions personnelles vue qu’il y a un vide juridique sur la thématique en rapport avec l’orientation sexuelle.

Les conséquences de la non dénonciation sont multiples, la peur que vivent plusieurs, la dépression, et souvent la peur de parler de son orientation sexuelle quand on est pas encore prêt avec soi même et son environnement… et tout cela pour éviter d’être à nouveau victime d’actes homophobes. Dorine Mokha l’a fait, il s’est exprimé, les réseaux sociaux sont devenu un outil d’expression, de dénonciation et de liberté d’expression. Plus jamais le silence, il est temps de briser les barrières et parler d’abus dont nous sommes victimes.



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