“Ally, tu dois choisir entre ta famille et ce haram’’ a dit mon père !

Se connaître soi même c’est arrêter de se comparer aux autres et surtout ne plus se sous-estimer ni se surestimer. Il s’appelle Ally Akbar, jeune de 24 ans, il vit à Bujumbura. Il vient d’une famille conservatrice et musulmane. A coeur ouvert, il a accepté de nous recevoir, de raconter sa vie et son orientation sexuelle. Dans une interview qu’il nous a accordé, il nous a révélé comment il s’est découvert lui-même , comment il a fait son coming out et sa vie d’après… Vivez l’intégralité de cette interview.

SI: Comment as-tu découvert ton orientation sexuelle ?

Ally: Je l’ai su à l’âge de 15 ans quand je jouais avec mes potes et surtout après on allait à la piscine. Les regarder tous nus ou à moitié nu m’excitait beaucoup et parfois ça me donnait envie de les toucher, j’aimais vraiment les regarder nus. Puis un jour sur mon téléphone portable un documentaire sur l’homosexualité m’est tombé dessus, je l’ai regardé. C’est à partir de là que j’ai eu envie d’en savoir plus. Alors j’ai commencé à faire des recherches, je voulais vraiment comprendre ce que je vivais. C’est à partir de là que j’ai découvert que j’étais gay, que j’aimais les mecs et que j’étais normal.

Photo de Maurício Mascaro provenant de Pexels

SI: Tes parents, comment ont-ils su que tu étais gay ?

Ally: J’avais un ami d’enfance, on partageait tout et nos parents étaient aussi des amis. Je lui ai dit  que j’aimais les mecs, malheureusement il n’a pas pu garder ce petit secret que je venais de lui confier. Il l’a dévoilé à ses parents. Et ces derniers sont venus à la maison et l’ont dit à mes parents. Je suis costaud, musclé et je joue dans une équipe de foot. Pour beaucoup de parents, être gay c’est avoir une apparence féminine. Et moi j’avais des petites copines qui me courraient après. Mes parents n’ont pas voulu entendre cela. Ils ont vite pris ça comme de la jalousie envers leur fils car j’étais très responsable à la maison et j’avais toujours des bonnes notes à l’école. Mais mon père, lui, a gardé un œil sur moi. Et beeen voilà un jour, il m’a surpris entrain d’embrasser un mec dans ma chambre alors que je croyais que j’étais seul à la maison.

SI: Que s’est-il passé ? 

Ally: Ce jour là mon père n’a rien dit, il a arrêté de m’adresser la parole pendant une semaine et personne à la maison ne comprenait pas pourquoi papa ne me parlait plus. Et moi de mon côté j’étais effrayé à cause de son silence. Un jour, il a demandé à ma mère, mes frères et sœurs d’aller rendre visite à ma grand mère, excepté moi. C’est ce jour là qu’il m’a adressé la parole en me demandant de lui expliquer ce qu’il a vu l’autre jour. Apeuré, j’ai fait mon coming out. J’ai dit à mon père que j’aimais les garçons.

SI: Et après ?

Ally: Il m’a répondu ‘’ Je comprends ta situation mais dans notre famille et notre réligion on n’accepte pas l’homosexualité. C’est haram. Comme je suis celui qui t’a mis au monde et qui t’a aidé à arriver là où tu es aujourd’hui, tu dois abandonner ce chemin, tu dois choisir entre ta famille et ce haram. » J’ai choisi ma famille, je ne voulais pas les perdre ni encore les décevoir.

SI: Donc tu as réussi à changer ton orientation sexuelle, tu n’es plus gay ?

Ally: Etre gay ce n’est pas un choix qu’on peut faire, si non toute personne se trouvant dans notre communauté pourrait changer son orientation sexuelle facilement. J’ai pas pu y arriver car c’était plus  fort que moi, j’ai prié, j’ai fait des thérapies mais en vain. Alors j’ai dit à mon père que j’en pouvais plus. Il m’a obligé un jour de le dire à toute ma famille chose que j’ai fait puis il m’a mis à la porte. Il a ajouté que tant que je vis avec cette malédiction, il n’est plus mon père et  me considère comme mort et enterré.

SI: Qu’es-tu devenu après avoir quitté la maison ?

Ally: Être loin de ceux que tu aimes, n’est pas chose facile, la vie non plus n’était pas facile loin de la famille. Heureusement j’avais des amis, qui étaient là. Mais je me suis jamais laissé abattre par cette situation, j’ai continué mes études, j’ai eu un travail. J’ai repris ma vie à zéro. Cette fois-ci personne ne viendra me dire que j’ai réussi ma vie grâce à lui ou à elle.

SI: As-tu revu un jour ta famille ?

Ally: Depuis mon départ de la maison, j’ai pas revu mon père mais ma mère, mes frères et sœurs oui on se voit souvent et d’ailleurs presque tous les jours. Et comme je ne suis plus à la maison ils me mettent souvent au courent de tout ce qui se passe à la maison.

SI: Ton père ne te manque pas ?

Ally: Il me manque beaucoup car toute mon enfance il était là pour moi et tout ce que je suis devenu aujourd’hui c’est grâce à lui. On me dit souvent que je suis son portrait tout craché. Nous avons beaucoup de chose en commun, sa façon de tout contrôler pour s’assurer qu’on ne manque de rien ça me manque. Au fait tout de lui me manque.

SI: Si tu as une chance de parler avec ton père, que lui dirais-tu  ?

Ally: Je sais bien que ce que je suis devenu c’est pas ce que tu espérais que je sois, mais sache que je suis toujours ton fils et je t’aime beaucoup papa, j’espère qu’un jour tu me comprendras. Je ne peux pas changer ce que je suis, sinon je l’aurais changé le jour où je l’ai su. Je suis mort et enterré pour toi, mais pour moi tu es toujours mon héro, mon père.



Catégories :Burundi, Epanouissement Intellectuel, Notre Blog, plaidoyer, StoryTelling

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1 réponse

  1. Woooww …. très courageux de ta part

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