Violence et discriminations…Pourquoi le soutien parental est si important ?

Photo de Shelagh Murphy provenant de Pexels

Mon nom est Franck, mes amis m’appellent Franky, j’ai 22 ans, je suis burundaise, je vis avec mes parents et je suis transgenre. J’ai toujours su que j’étais une fille et lorsque j’ai fait mon coming out  mes parents l’ont bien pris et ils ont accepté de m’accompagner. Ils m’ont aidé à affirmer ma véritable identité et j’ai toujours vécu ouvertement en tant que personne transgenre. Je ne dis pas que ça a été facile. Il y a eu évidemment des gens qui ne comprenaient pas ma façon d’être et d’autres qui me comprenaient.

A l’école parfois je recevais des menaces et des insultes. J’avais toujours peur en sortant de l’école, j’avais toujours un pressentiment qu’un jour j’allais être frappé par l’un de mes camarades, ce qui m’a poussée à apprendre à me battre car je me disais qu’une fois agressée, je devrais me défendre. Un jour, je rentrais de l’école, il y avait un groupe de garçons là oú je passais. Ils m’ont appelé deux fois j’ai pas répondu, ils ont commencé à me suivre en m’insultant. J’ai pas répondu à leurs insultes, puis l’un d’entre eux m’a frappé par derrière, je me suis retournée, je l’ai aussi frappé. Puis on a commencé à se bagarrer, un champ de bataille s’est installé jusqu’à ce que la Police arrive et nous a tous arrêté . 

En arrivant au Commissariat de Police, le Commissaire de Police m’a directement mis en prison sans même prendre ma déposition parce que pour lui j’étais la seule fautive de cette histoire. Les autres on les a tous relâchés sauf moi. Après une demi-heure, j’ai demandé qu’on me donne une autorisation d’appeler mes parents, ils ont refusé et j’ai passé la nuit en prison. Mes parents ont commencé à s’inquiéter car c’était pas dans mes habitudes de passer la nuit dehors sans les avertir. Ils ont commencé à me chercher, ils ont appelé tous mes amis mais personne n’avait de mes nouvelles. Le matin je ne savais pas quoi faire. C’est alors que j’ai commencé à me demander comment faire pour avertir mes parents que j’étais emprisonné. C’est là alors que j’ai vu une femme qui venait rendre visite à son mari avec qui je partageais la même cellule. Je lui ai donné le numéro de contact de mon père et je lui ai demandé d’avertir mes parents que je suis en prison. Une heure après, j’ai vu mes parents arrivés. Le Commissaire de Police a dit à mes parents que j’avais fait une bagarre et que j’avais blessé trois personnes. Pour sortir de la prison il fallait que je paie une amende avait insisté le Commissaire de Police. Puis mon père est venu vers moi pour me demander ma version des faits, je lui ai raconté ce qui s’était réellement passé.

Mon père a demandé au Commissaire de Police, s’il pouvait voir les personnes que j’avais blessées pour qu’il les amènent à l’hôpital se faire soignés mais le Commissaire insistait sur l’amande. Mon père avait vite compris qu’il s’agissait d’un abus de pouvoir et d’une détention arbitraire. Mon père a menacé cet Officier de Police, il lui a dit qu’il était avocat au Barreau de Bujumbura et qu’il connaissait bien la loi. “Si vous ne libérez pas mon enfant, je vais porter plainte contre vous” avait conclu mon père. Comme il n’y avait aucune plainte ou preuve qui m’incrimine on m’a relâché. Je suis rentré avec mes parents à la maison. Depuis ce jour-là j’essaie de ne pas donner une occasion aux gens de me provoquer et s’ils me provoquent j’ai décidé de les ignorer et de ne pas y répondre.

Je crois que sans le soutien de mes parents ça aurait été très difficile pour moi de m’en sortir, actuellement je sais ce que c’est être agressée et rejetée pour ce que l’on est et combien c’est si important le soutien de mes parents, ça m’a vraiment réconfortée.



Catégories :Burundi, Epanouissement Intellectuel, LBQ, Notre Blog, plaidoyer, Publications, République du Congo, RDC, Rwanda, StoryTelling, VIH

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1 réponse

  1. Très beau témoignage. Tu ne dis pas quel âge tu avais lors de cet évènement.
    Comment font les personnes transgenres du Burundi qui n’ont pas de parents compréhensifs ni un père avocat ?
    Bon courage
    Robert
    Président de solidarité internationale lgbtqi
    Paris

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