Une flamme qui s’éteint puis se rallume

Honnêtement, je pense que j’ai toujours su que j’étais attiré par les garçons. Je l’ai toujours su même si au fond je n’ai commencé à y prêter attention qu’au moment où j’ai rencontré mon premier petit copain. On s’aimait vraiment et je tenais beaucoup à le présenter à mes parents.  J’avais toujours eu une relation fusionnelle avec eux. Ils étaient le type de parents à qui un enfant pouvait tout dire. On se comprenait et j’avais entièrement confiance en eux. Alors bien évidemment avant que je ne présente mon amoureux à mes parents, il fallait déjà que je leur dise que j’en avais un. Il m’a donc fallu en premier temps révéler ma trans-identité aux personnes que j’aimais le plus, mes parents.

Je n’avais aucune inquiétude par rapport à eux. Je pensais que ça ne leur poserait aucun problème car à mon avis, ils étaient assez ouverts d’esprit pour réussir à comprendre et à accepter ma différence. Effectivement, je pensais mais j’aurais dû y penser deux fois avant de m’exposer comme je l’ai fait. 

Le fameux soir…

Je me souviens de ce soir-là. J’avais mis un temps fou à préparer de la très bonne nourriture pour mes parents. Quand l’heure du dîner a sonné, nous nous sommes assis et nous avons mangé ensemble comme une grande famille soudée. Maintenant que j’y repense, je pense que mes parents étaient vraiment fiers de leur fils. Après le repas, j’ai saisi le courage à deux mains et je leur ai tout dit. Je savais très bien que c’était le moment, je le sentais. A ma plus grande surprise, la soirée ne s’est pas du tout passée comme je l’avais dessiné dans ma tête. “Tu seras rejeté partout” m’a dit ma mère avant d’ajouter “Au Burundi personne n’accepte l’homosexualité et garde en tête que tu ne seras jamais accepté en tant telle’’ ainsi que d’autres choses horribles. Quant à mon père, il était en colère. j’étais assise là à l’écouter me dire qu’il regrettait de m’avoir mis au monde et qu’il aurait aimé me savoir mort dès la naissance plutôt que d’entendre ce que je venais de dire.  Désormais je n’étais plus son fils. J’allais devoir prendre mes affaires et quitter la maison. Non pas parce que je le voulais, mais plutôt parce que je n’avais aucune autre alternative à ma portée. Les personnes qui m’avaient tant voulu et qui avaient réussi à me mettre au monde venaient de me renvoyer de chez eux. “Je ne veux plus te voir dans ma maison. Prends toutes tes affaires et dégage de chez moi. Tu es mort !” m’a dit mon père. Si vous vous posez la question de savoir comment tout un monde peut s’effondrer en une seule soirée, alors voilà. Vous avez maintenant votre réponse. Toute ma vie entière venait de s’écrouler en quelques minutes. 

Que s’est-il passé ensuite?

J’ai ramassé toutes mes affaires et j’ai quitté cette maison. Sans avoir aucune idée de l’endroit où j’allais devoir me rendre, je me suis réfugié chez mon copain que je n’ai même pas eu l’occasion de présenter à mes parents. Ça m’a pris énormément de temps pour digérer le fait que mes parents avaient vraiment pu avoir le courage de me mettre à la porte. C’est avec l’aide de mon petit ami que j’ai pu arriver à m’en remettre et à surpasser mes problèmes tant émotionnels que personnels.

Aujourd’hui, j’ai une vie un peu plus stable. J’ai commencé à travailler. Il fallait bien contribuer à la maison( loyer, nourriture, eau, électricité…) mais aussi il fallait bien que je puisse continuer mes études. J’arrive à un point où je me sens serein et en paix avec moi-même. Après mes études, j’ai décidé de m’engager dans une organisation non gouvernementale qui œuvre dans dans la communauté LGBTIQ+. Je suis toujours avec mon copain, on  mène une vie très heureuse. Et pour mes parents, je n’ai plus eu de nouvelles. Je garde juste l’espoir qu’un jour  ils viendront frapper à ma porte.

Y a-t-il une leçon à tirer de cette histoire? 

Après un certain recul, je pense que j’aurais pu éviter certaines choses si j’avais su comment m’y prendre. Aujourd’hui, si je devais donner un conseil à qui que ce soit après mon expérience, je lui dirais qu’il faut prendre son temps avant de faire son coming-out et surtout préparer ses parents parce que quoi qu’il arrive, ils restent avant tout des humains. Et pour ce qui est de la société, je pense à mon humble avis qu’il devrait y avoir des sortes d’émissions ou d’animations pour donner autant d’informations possible concernant la communauté LGBTIQ+ parce que certains d’entre nous accumulent des informations fausses et  un tout petit peu idéaliste puis après ils se retrouvent en train de commettre des erreurs que en temps normal ils auraient pu bien éviter. 


Cet expression a été faite à travers une soumission en ligne par: N.S.C. est un activiste LGBTQ.basé à Bujumbura passionné par la protection des droits humains , la danse , la mode , la cuisine « . (Pour contacter l’auteur, veuillez laisser un message ici )

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Catégories :Burundi, LBQ, StoryTelling

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